Un sol argileux est plutôt favorable à une prise de terre, à une condition : qu’il reste humide et que l’électrode soit en contact intime avec lui. Pour un bâtiment neuf, la boucle à fond de fouille reste la meilleure solution. Dans l’existant, plusieurs piquets interconnectés la remplacent, et servent aussi à faire baisser une résistance mesurée trop haute. Cet article détaille les valeurs à connaître, les règles de pose, la mesure et les corrections, avec le point de vue d’un spécialiste de la mise à la terre et de la protection foudre.

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En bref

  • L’argile plastique est autour de 50 Ω·m, les marnes et argiles compactes entre 100 et 200 Ω·m : c’est un terrain moyen à bon, dont la valeur dépend surtout de l’humidité.
  • Construction neuve : boucle à fond de fouille. Bâtiment existant : un ou plusieurs piquets d’au moins 2 m, accessibles par un regard.
  • Une résistance trop élevée se corrige en ajoutant des piquets espacés, jamais en comptant sur un seul piquet plus long sans mesurer.
  • En régime TT avec un différentiel de 500 mA, la prise de terre doit rester sous 100 Ω, mais la valeur dépend du différentiel installé.
  • En site professionnel, la prise de terre et ses résistances sont vérifiées périodiquement et consignées dans un rapport.

Table des matières

Ce que l’argile change pour la résistance de terre

Une prise de terre n’a pas de qualité propre : sa résistance dépend de la forme de l’électrode et de la résistivité du sol qui l’entoure. Selon le guide d’installation électrique de référence, la résistivité est de 50 Ω·m pour l’argile plastique et de 100 à 200 Ω·m pour les marnes et argiles compactes. Les sables argileux, eux, s’étalent de 50 à 500 Ω·m selon la même source. Autrement dit, « argileux » ne veut pas dire une seule valeur : une argile plastique et saturée n’a rien à voir avec une argile compacte ou un sable mêlé d’un peu d’argile.

Résistivités comparées de trois sols argileux

La raison est physique. Un rapport technique de l’armée américaine explique que la conductivité des matériaux du sol dépend surtout de la concentration et de la mobilité des ions. L’eau du sol l’influence fortement, et les sols à grains fins retiennent davantage d’eau adsorbée. Certains minéraux argileux contiennent en plus des couches diffuses d’ions mobiles. C’est pourquoi l’argile conduit en général mieux qu’un sable propre ou qu’une roche.

Le revers : tout ce qui assèche le terrain dégrade la mesure. Le guide cité plus haut rappelle que la résistance des prises de terre varie notamment avec l’humidité du sol. Un autre guide indique que des mesures faites longtemps après l’installation peuvent varier considérablement selon l’humidité et les sels minéraux, et que la température joue sur les couches superficielles, surtout au gel (Electrical Engineering Portal, d’après la norme BS 7430). Une valeur relevée en février sur terrain détrempé ne dit donc pas ce qui se passera après un été sec.

Ce qu’il faut retenir en pratique

  • Une électrode superficielle, dans les premiers décimètres, est la plus exposée aux variations de saison. On cherche donc de la profondeur ou de l’étendue, pas de la surface.
  • Un remblai pierreux ou de mâchefer autour du conducteur détruit l’avantage de l’argile : le contact avec le sol n’est plus intime.
  • Une seule mesure ne vaut pas garantie. La valeur doit rester sous la limite avec une marge, pour absorber les saisons sèches.

Boucle à fond de fouille ou piquets : comment choisir

Le choix tient d’abord à l’état du bâtiment, pas à la nature du sol.

CritèreBoucle à fond de fouillePiquets verticaux
Cas typiqueConstruction neuveRénovation, bâtiment existant, amélioration
Moment de la poseAvant le coulage des fondationsÀ tout moment, depuis l’extérieur
Accès ultérieurBarrette de terre dans le tableauRegard de visite en surface
Avantage en sol argileuxConducteur à l’abri du dessèchement, dans un terrain stableAtteint les couches profondes, plus humides
LimiteImpraticable une fois les fondations faitesPlusieurs piquets souvent nécessaires

Le guide d’installation électrique est net : la boucle à fond de fouille est la meilleure solution, notamment en construction neuve, et plusieurs piquets peuvent la remplacer dans les bâtiments existants ou améliorer une prise existante. La CAPEB, organisation professionnelle de l’artisanat du bâtiment, précise que la boucle doit être réalisée avant les fondations et devient donc généralement impraticable en rénovation, où les piquets sont la solution à privilégier.

Quand la profondeur devient la bonne réponse

En sol argileux, les couches profondes restent plus humides et plus stables que la surface. C’est le cas où un piquet de 2 m, voire une prise de terre profonde, donne un résultat plus durable qu’un conducteur posé à faible profondeur. Sur site industriel, où les exigences sont plus fortes que dans l’habitat, cette approche est courante : nous détaillons nos prises de terre profondes plus bas.

Réaliser la prise de terre selon les règles

La référence pour les installations basse tension est la NF C 15-100. Sa version révisée de 2024 est applicable depuis septembre 2024 et obligatoire depuis septembre 2025. Promotelec rappelle aussi qu’une installation neuve doit faire l’objet d’une attestation de conformité visée par le Consuel pour être raccordée au réseau, obligation qui touche également les installations entièrement rénovées mises hors tension pendant les travaux.

Boucle à fond de fouille : les points de contrôle

  1. Conducteur. Promotelec indique au minimum 25 mm² de cuivre nu ou 95 mm² d’acier galvanisé, ceinturant le bâtiment dans les tranchées de fondations.
  2. Position. Le conducteur nu se pose sous le béton de propreté, ou s’enterre à au moins 1 m sous la base des fondations, en contact intime avec le sol, d’après le guide d’installation électrique.
  3. Armatures. Le conducteur ne touche pas les armatures du béton, qui sont raccordées directement à la borne principale de terre.
  4. Barrette amovible. Elle permet d’isoler la prise de terre pour la mesurer.
  5. Remblai. En tranchée horizontale, le conducteur est enterré à environ 1 m et la tranchée est remblayée avec de la terre, pas avec des cailloux ni du mâchefer.

Piquets : les points de contrôle

La CAPEB indique que les piquets sont généralement posés à au moins 2 m et accessibles par un regard. Quand il y en a plusieurs, ils sont interconnectés et séparés d’une distance au moins égale à leur longueur. En argile compacte, l’enfoncement manuel est pénible : un marteau électropneumatique et des tronçons accouplés évitent de plier le piquet. Si le sol est trop dur pour atteindre 2 m sur un point, mieux vaut multiplier les points que forcer.

Pour un déroulé complet côté professionnel, notre procédure d’installation d’une prise de terre reprend les étapes sur chantier.

Mesurer la résistance de terre

La pose ne suffit pas : c’est la mesure qui valide la prise de terre.

La valeur à ne pas dépasser

En régime TT dans l’habitat en France, la tension de contact permanente admise est de 50 V AC. Avec un différentiel de 500 mA, la résistance de la prise de terre doit alors rester inférieure à 100 Ω. Le même guide précise que la valeur dépend du courant nominal du différentiel et de la norme en vigueur : avec un différentiel de 30 mA, la limite théorique est bien plus haute, mais on vise toujours une marge confortable, puisque l’humidité fait varier le résultat.

Attention aux sites industriels : 100 Ω n’est pas un objectif, c’est un plafond réglementaire pour une configuration donnée. Nous expliquons pourquoi cette valeur peut être trompeuse dans notre article sur la mise à la terre industrielle, et comment lire les seuils dans celui sur la résistance de terre acceptable.

La méthode des deux piquets auxiliaires

La mesure de référence se fait avec un ohmmètre de terre et deux piquets auxiliaires. Le guide conseille d’ouvrir la barrette de terre pour isoler la prise mesurée. Pour vérifier la stabilité, on déplace le piquet de potentiel de part et d’autre de sa position initiale : si la valeur varie peu, la mesure est fiable.

Contrôleur connecté aux deux piquets auxiliaires

Le guide d’installation électrique ajoute des repères de mise en œuvre : l’électrode de potentiel P se place généralement à environ 0,68 fois la distance entre X et C, et le courant de mesure est alternatif, à une fréquence différente de celle du réseau et de ses harmoniques (les générateurs portatifs fournissent généralement 85 à 135 Hz).

En argile, deux erreurs reviennent souvent :

  • Piquets auxiliaires trop proches. Les zones d’influence se chevauchent et la valeur affichée est faussée. Alignez-les et écartez-les franchement.
  • Mesure unique par temps exceptionnel. Notez la météo et la période : après plusieurs semaines de sécheresse, une argile se rétracte, perd du contact avec l’électrode et la résistance grimpe.

La continuité entre la prise de terre, le tableau et les masses se contrôle à part : voir nos essais de continuité de terre.

Améliorer une prise de terre en sol argileux

Si la mesure dépasse la valeur visée, on agit dans cet ordre.

  1. Vérifier le contact et les connexions. Un serrage desserré ou une barrette oxydée donnent des valeurs élevées sans que le sol soit en cause.
  2. Ajouter des piquets. Promotelec indique d’installer plusieurs piquets en acier galvanisé d’au moins 2 m, séparés d’au moins 2 m et reliés par un conducteur isolé d’au moins 16 mm² ou par du cuivre nu d’au moins 25 mm². Le guide d’installation électrique recommande un espacement supérieur à 2 à 3 fois la profondeur des piquets.
  3. Remesurer après interconnexion, avec la même méthode et les mêmes distances, pour comparer.
  4. Aller plus profond ou plus loin si l’emprise le permet : prise de terre profonde, ou extension du réseau de conducteurs.

Pourquoi l’espacement compte : deux piquets trop proches se partagent le même volume de sol, et leurs résistances ne s’additionnent pas comme des résistances indépendantes. Mettre cinq piquets côte à côte n’apporte presque rien de plus qu’un seul. Les placer à distance respectable en apporte bien davantage.

Si la valeur reste trop haute malgré tout, la solution passe par une étude : en habitat, des mesures compensatoires existent, à voir avec un électricien qualifié ; sur un site industriel, un bureau d’études doit analyser le terrain et le schéma de liaison à la terre.

Notre point de vue : l’argile est un allié, à condition de la mesurer

Nous intervenons sur des prises de terre depuis 1955, et nos équipes ont réalisé plus de 280 000 installations dans 80 pays. Sur les terrains argileux, ce que nous constatons est simple : le sol est rarement le problème. Les écarts viennent presque toujours de la mise en œuvre, c’est-à-dire d’un remblai pierreux, de piquets trop rapprochés, d’une connexion mal protégée ou d’une mesure faite une seule fois, par temps exceptionnel.

Notre recommandation tient en trois règles. Concevoir la prise de terre pour la saison la plus sèche, pas pour le jour de la réception. Préférer la profondeur et l’écartement à la quantité de matériel. Et garder un point de mesure accessible pour contrôler dans la durée. Pour un site abritant un paratonnerre, la prise de terre fait partie du système de protection foudre : elle doit être pensée avec lui, pas après lui.

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Notre accompagnement pour les sites professionnels

Si vous gérez un site industriel, tertiaire ou une infrastructure publique, nous prenons en charge l’ensemble : analyse du risque foudre et étude technique, installation, puis vérification et maintenance. Nos équipes réalisent aussi des prises de terre profondes adaptées aux sols difficiles, et notre certification Qualifoudre est systématique.

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Contrôles périodiques et maintenance

Une prise de terre vieillit : corrosion des connexions, assèchement, travaux voisins. En milieu de travail, l’arrêté du 26 décembre 2011 prévoit des vérifications périodiques, en principe annuelles, avec possibilité de porter l’intervalle à deux ans sous conditions. Les rapports présentent notamment les résultats des mesurages et la valeur des résistances de terre.

L’INRS rappelle de son côté que l’employeur doit maintenir les installations électriques en conformité, assurer leur surveillance et leur maintenance, et les vérifier ou les faire vérifier.

Pour organiser ces contrôles sur un site équipé de protection foudre, consultez notre guide de vérification des installations foudre. Et pour les points à contrôler dès la mise en service, la liste des éléments à vérifier lors de l’installation électrique vous servira de trame.

FAQ

Un sol argileux est-il bon pour une prise de terre ?

Généralement oui : l’argile plastique est autour de 50 Ω·m, les argiles compactes entre 100 et 200 Ω·m, ce qui est moins résistant qu’un sol sableux ou rocheux. Mais sa valeur dépend de l’humidité, donc de la saison. Il faut dimensionner pour le cas le plus sec.

Quelle profondeur pour un piquet de terre en argile ?

Au moins 2 m, avec un accès par un regard, selon la CAPEB. Si vous en posez plusieurs, ils doivent être interconnectés et espacés d’au moins leur longueur. En cas de doute, la mesure après pose tranche.

Comment baisser la résistance de ma prise de terre ?

Vérifiez d’abord les connexions, puis ajoutez des piquets galvanisés d’au moins 2 m, espacés d’au moins 2 m et reliés par un conducteur de section suffisante. Remesurez ensuite avec la même méthode. Si la valeur reste trop haute, faites appel à un électricien qualifié.

Peut-on faire une boucle à fond de fouille sur une maison existante ?

En pratique, non : la boucle doit être posée avant les fondations. Dans l’existant, on utilise des piquets. Une boucle n’est donc envisageable que pour une extension ou une reconstruction.

À quelle fréquence contrôler la prise de terre d’un site professionnel ?

L’arrêté du 26 décembre 2011 prévoit des vérifications en principe annuelles, avec un intervalle porté à deux ans sous conditions. Le rapport doit mentionner les valeurs de résistance mesurées.

Sources

Recommandations