Dimensionner la puissance d’une IRVE, c’est faire coïncider trois choses : les besoins réels de recharge de vos véhicules, la puissance que votre site peut encore fournir, et la façon dont vous allez piloter les recharges. On ne multiplie donc pas simplement le nombre de bornes par leur puissance nominale. On part des usages, on applique un foisonnement réaliste, on soustrait ce que le site consomme déjà, puis on vérifie que le tableau électrique et le raccordement suivent. Voici la méthode, avec les valeurs de référence françaises.

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Indelec propose des solutions de protection contre la foudre, ainsi que des services d’installation, de maintenance et de conseil technique.

En bref

  • Partez des usages (heures d’arrivée et de départ, kilomètres, durée de stationnement), pas du nombre de bornes.
  • Pour un bâtiment neuf, la puissance de raccordement se calcule ainsi : PR = PUC + PIRVE, avec une réservation minimale fixée par un tableau réglementaire.
  • Sur un site existant, la puissance disponible est la puissance maximale du raccordement moins les puissances déjà souscrites.
  • Le pilotage de la charge permet de limiter la puissance appelée ou d’installer plus de points à puissance égale.
  • Avant toute commande, faites auditer le TGBT et la capacité de raccordement, et prévoyez l’évolution du parc.

Table des matières

Pourquoi la puissance nominale des bornes ne suffit pas

Une borne affichée à 22 kW ne tire pas 22 kW en continu. Selon Automouv, la puissance inscrite sur une borne ne correspond pas forcément à la puissance appelée, car le véhicule peut limiter la charge ou la batterie peut l’accepter à un niveau plus bas selon son état et ses caractéristiques.

À l’inverse, additionner des puissances nominales conduit vite à surdimensionner : tous vos véhicules ne se branchent pas en même temps, et tous n’ont pas besoin d’une pleine batterie. Le surdimensionnement a un coût direct. Le guide technique IRVE de 2014 rappelle que le surcoût d’une borne triphasée 22 kVA par rapport à une borne 3,7 kVA tient au dimensionnement du réseau qui l’alimente, aux travaux de raccordement et aux protections liées au triphasé.

L’objectif est donc simple : la puissance juste, ni trop faible (véhicules non chargés au départ), ni trop forte (abonnement, renforcement de réseau et protections inutiles).

Étape 1 : analyser les usages de recharge

C’est le point de départ de toute étude sérieuse. Automouv recommande de relever les heures d’arrivée et de départ, les kilomètres parcourus, la fréquence des déplacements et les périodes de stationnement prolongé.

Pour une flotte d’entreprise

Le guide d’installation d’infrastructures de recharge sur site de l’Union des entreprises transport et logistique de France liste les paramètres à considérer : tournées, rotations, distances et topographie, horaires de livraison, tonnage, recharge d’appoint entre deux missions (le « biberonnage »), autonomie maximale, besoins par mission et temps de charge minimal.

Un exemple de raisonnement : un véhicule utilitaire rentre au dépôt à 18 h et repart à 7 h. Il dispose de 13 heures de stationnement. Si son besoin quotidien est modeste, une charge lente suffit largement, et vous n’avez aucune raison de prévoir du 22 kW pour lui. Pour un véhicule qui enchaîne deux tournées avec une pause de quarante minutes, la logique s’inverse.

Pour les salariés et les visiteurs

Pour un parking de bureaux, les usages sont plus diffus. Une enquête comportementale d’Enedis, citée dans un document d’EDF, indique qu’un utilisateur sur deux recharge tous les 2 à 3 jours, que 33 % ne rechargent qu’une fois par semaine et que la distance moyenne par jour ouvré est de 42 km. Ce foisonnement important de l’usage explique pourquoi on ne dimensionne pas un parking comme si chaque place était occupée par un véhicule en pleine charge.

Ces chiffres sont des moyennes nationales sur des usages principalement résidentiels. Sur votre site, vos propres relevés valent mieux.

Étape 2 : fixer la puissance PIRVE

Le cas d’un bâtiment neuf

Le guide de dimensionnement Enedis précise que, pour une construction neuve, la puissance de raccordement de l’immeuble est PR = PUC + PIRVE. PUC suit les règles de dimensionnement de la NF C 14-100 (en tenant compte du chauffage électrique le cas échéant). PIRVE est une puissance de réservation minimale, issue du tableau diffusé avec le décret n° 2020-1696 et l’arrêté du 23 décembre 2020.

Selon Bureau Veritas, la puissance PIRVE tient compte du foisonnement naturel des consommations (40 % en général), du pilotage des points de recharge, du nombre d’emplacements N et de la destination du parc. Pour un bâtiment non résidentiel à usage professionnel ou de la fonction publique, les valeurs minimales hors pilotage sont les suivantes :

Nombre d’emplacements (N)Puissance PIRVE minimale hors pilotage
10 à 2015 kVA
21 à 4022 kVA
41 à 5030 kVA
51 à 10030 kVA + 6 kVA par tranche de 10 emplacements
101 à 20060 kVA + 6 kVA par tranche de 10 emplacements
Plus de 20096 kVA + 0,2 kVA × (N − 200)

Ces valeurs sont des minimums de réservation. Elles ne remplacent pas l’analyse de vos usages : si votre flotte a des besoins de recharge rapide et simultanée, votre calcul peut dépasser ce plancher. Pour confirmer le tableau applicable à votre projet, reportez-vous à l’arrêté et aux informations officielles de service-public.fr, qui précisent que l’alimentation du bâtiment tient compte de la complémentarité temporelle et du foisonnement de l’ensemble des usages, recharge de véhicules comprise.

Un exemple chiffré

Prenons un bâtiment de bureaux neuf avec 45 emplacements. La valeur minimale hors pilotage est de 30 kVA. Si la puissance de bâtiment PUC est de 120 kVA, la puissance de raccordement à demander est PR = 120 + 30 = 150 kVA. Avec 80 emplacements, la réservation serait de 30 kVA + 6 kVA par tranche de 10 emplacements, à lire dans le tableau officiel selon la façon dont les tranches sont décomptées. Faites valider ce calcul par votre bureau d’études et par le gestionnaire de réseau.

Calcul illustré de la puissance de raccordement IRVE

Le cas d’un site existant

Sur un parking déjà raccordé, la logique est différente. Selon Orelni Energie, la puissance disponible se détermine ainsi : P disponible = P théorique maximale du raccordement, moins la somme des puissances contractuelles réelles. Autrement dit, on retranche à ce que le raccordement peut techniquement supporter ce que les usages en place consomment déjà.

Exemple : un site dont le raccordement supporte 250 kVA et dont les usages existants (process, éclairage, CVC, ascenseurs) totalisent 190 kVA dispose de 60 kVA pour la recharge. Avec ces 60 kVA, vous pouvez installer plus de points de recharge que 60 kVA ne le laisserait croire, à condition de piloter la charge, comme on va le voir.

Étape 3 : tenir compte de la simultanéité et du pilotage

Le point qui change le plus le résultat est le pilotage. Le recueil pratique IRVE du Gimelec décrit la recharge intelligente comme le pilotage du moment de recharge et de la puissance appelée par les véhicules, selon des signaux extérieurs au véhicule et l’ordonnancement décidé par le gestionnaire de recharge. Ce pilotage permet de limiter la puissance appelée par l’IRVE et d’optimiser le dimensionnement de l’installation, ou d’augmenter le nombre de points de recharge à puissance égale.

Le même recueil, dans la version publiée par Legrand, précise pour les immeubles tertiaires et industriels neufs que la liaison réseau est dimensionnée avec un coefficient de foisonnement supérieur ou égal à 0,4 et qu’un pilotage des recharges doit être mis en œuvre.

En pratique, deux approches coexistent :

  1. Sans pilotage : chaque borne est dimensionnée comme si elle pouvait tirer sa puissance maximale. C’est simple, mais coûteux en capacité.
  2. Avec pilotage dynamique : un système répartit la puissance disponible entre les véhicules branchés, en tenant compte de la consommation globale du bâtiment. Les bornes gardent leur puissance physique, mais la puissance appelée simultanément est plafonnée.

Pour que le pilotage reste ouvert dans le temps, privilégiez des bornes compatibles avec un protocole de communication standard. Notre article sur la supervision des bornes de recharge détaille ce qu’il faut mettre en place.

Étape 4 : vérifier la compatibilité avec le site

Une fois la puissance calculée, il faut s’assurer que l’installation existante peut la fournir. Optim Energie indique que la vérification passe par l’examen de la puissance souscrite, de l’état du tableau général basse tension (TGBT) et de la capacité du raccordement à absorber la charge supplémentaire. Un audit technique préalable évite les surdimensionnements comme les blocages en cours de chantier.

Le guide technique de 2014 recommande en outre de faire un bilan de la capacité des réseaux en coordination avec le gestionnaire du réseau de distribution avant tout déploiement, afin d’en minimiser l’impact.

La checklist à parcourir avec votre électricien ou votre bureau d’études :

  • puissance souscrite actuelle et courbe de charge du site sur l’année ;
  • état et place disponible dans le TGBT, calibre des protections, sections des câbles ;
  • distance entre le TGBT et les places à équiper, donc longueur et section des liaisons ;
  • capacité du raccordement et besoin éventuel de renforcement, à valider avec le gestionnaire de réseau ;
  • mise à la terre et protection contre les surtensions, particulièrement pour des bornes installées en extérieur.

Ce dernier point est souvent oublié : des bornes en parking extérieur sont exposées aux surtensions d’origine atmosphérique. Notre page sur la protection foudre des IRVE décrit la configuration minimale conforme en France.

Étape 5 : respecter le cadre normatif et les qualifications

Selon JCSM, les installations doivent respecter la NF C 15-100, partie 7-722, applicable depuis le 1er septembre 2025, et l’installateur doit être certifié IRVE : niveaux P1 ou P2 pour 3,7 à 22 kW, niveau P3 au-delà de 22 kW. Cette même source indique qu’un circuit dédié et une protection différentielle 30 mA par point de charge sont exigés. Confirmez ces points auprès de votre installateur et de la norme en vigueur, car ils conditionnent le choix des protections et donc le coût de chaque point.

Côté obligations d’équipement, les seuils dépendent de la nature du bâtiment (neuf ou existant, tertiaire ou industriel) et de la taille de l’entreprise. Nous les détaillons dans notre article sur les obligations IRVE en entreprise et dans celui consacré aux obligations et coûts en 2026. Pour la réglementation, la référence reste la fiche officielle de service-public.fr.

Étape 6 : prévoir l’évolution du parc

Un parc de véhicules ne reste pas figé. Le guide de l’Union des entreprises transport et logistique recommande de prendre en compte les évolutions futures du parc, des conditions et des normes de recharge, d’assurer la compatibilité entre la puissance de la borne et celle du véhicule, et de veiller à la pérennité de l’installation.

Le recueil pratique IRVE ajoute, pour les bâtiments neufs, une règle que l’on peut transposer à toute rénovation : réaliser les passages de câbles dès la construction pour les câbles de puissance et de communication, et prévoir des locaux techniques pouvant accueillir le nombre maximal de points de recharge. Poser un fourreau supplémentaire coûte peu le jour du chantier et beaucoup plus quand il faut rouvrir un sol.

Concrètement :

  • dimensionnez les cheminements et le TGBT pour le parc visé à cinq ans, même si vous n’équipez que la première tranche ;
  • choisissez des bornes évolutives, avec un pilotage logiciel qui permet d’ajouter des points sans refaire le raccordement ;
  • vérifiez le type de prise selon vos véhicules : notre comparatif Type 2 ou CCS vous aide à trancher.

Les erreurs de dimensionnement les plus courantes

Additionner les puissances nominales. On obtient un chiffre rassurant mais irréaliste, qui conduit à un abonnement ou un renforcement inutile.

Ignorer la puissance déjà consommée. Un parking de bureaux connaît ses pics en milieu de journée, au moment où les salariés branchent leurs véhicules. Sans lecture de la courbe de charge, la recharge peut déclencher des dépassements de puissance.

Oublier le pilotage. Sans lui, le calcul est plus lourd. Avec lui, la même puissance alimente davantage de points.

Sous-estimer le TGBT. La puissance est disponible sur le papier, mais pas de place dans le tableau, ni de calibre adapté. L’audit préalable est fait pour cela.

Traiter la recharge comme un sujet isolé. Maintenance, contrôles périodiques et protection contre la foudre font partie du projet. Voir notre guide de maintenance des bornes IRVE.

Notre point de vue

Chez Indelec, nous abordons le dimensionnement d’une IRVE comme un sujet d’ingénierie de site, pas comme un simple achat de bornes. La puissance se joue dans le tableau, dans les liaisons, dans la mise à la terre et dans la protection de l’ensemble contre les surtensions, autant que dans la borne elle-même.

Notre métier est la protection des installations contre la foudre et ses effets : paratonnerres, prises de terre, protection contre les surtensions. Des bornes installées en extérieur, sur de grands parkings industriels ou tertiaires, sont des équipements électroniques exposés. Nous pensons qu’une étude de puissance sérieuse doit intégrer dès le départ leur protection et leur mise à la terre, plutôt que de les traiter après coup.

Notre approche s’appuie sur l’expérience d’une entreprise fondée en 1955, présente dans de nombreux pays, avec une certification Qualifoudre systématique pour nos interventions de protection foudre et un centre de recherche dédié. Avec Indelec Mobility, nous proposons des bornes de recharge conçues et testées en laboratoire haute tension.

Notre conseil : faites vos relevés d’usage, calculez la puissance avec un foisonnement et un pilotage réalistes, faites auditer le TGBT, puis prévoyez la marge d’évolution dès la première tranche de travaux. C’est ce qui évite de payer deux fois.

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Faire cadrer votre projet par des spécialistes

Si vous devez dimensionner la recharge de vos véhicules sur un site industriel, tertiaire ou public, nous pouvons vous accompagner de l’audit technique à la maintenance, en intégrant la mise à la terre et la protection contre les surtensions. Découvrez notre offre Indelec Mobility pour les infrastructures de recharge et notre approche détaillée dans déployer des bornes IRVE en entreprise.

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Pour la protection des installations elles-mêmes, nos services de protection contre la foudre couvrent l’analyse du risque, l’étude technique, l’installation, la vérification et la maintenance.

FAQ

Comment calculer la puissance nécessaire pour une IRVE en entreprise ?

Relevez d’abord vos usages : horaires de présence, kilomètres et durée de stationnement des véhicules. Pour un bâtiment neuf, appliquez ensuite PR = PUC + PIRVE, avec la réservation minimale du tableau réglementaire. Pour un site existant, retranchez à la puissance maximale du raccordement les puissances déjà souscrites.

Quel est le rôle du foisonnement dans le calcul ?

Tous les véhicules ne se rechargent pas en même temps ni à pleine puissance. Bureau Veritas indique un foisonnement naturel de 40 % en général dans la puissance PIRVE. Il réduit la puissance de raccordement à prévoir par rapport à la somme des puissances nominales.

Le pilotage de la recharge permet-il vraiment de réduire la puissance à installer ?

Oui. Selon le recueil pratique IRVE, le pilotage limite la puissance appelée par l’IRVE et permet soit d’optimiser le dimensionnement, soit d’augmenter le nombre de points de recharge à puissance égale. Les bornes gardent leur puissance physique, mais leur appel simultané est plafonné.

Que faut-il vérifier avant de commander des bornes ?

Vérifiez la puissance souscrite, l’état du TGBT et la capacité du raccordement, en coordination avec le gestionnaire du réseau de distribution. Contrôlez aussi que l’installateur détient la certification IRVE adaptée à la puissance prévue.

Faut-il anticiper l’évolution de la flotte dès le départ ?

Oui, au moins pour les infrastructures difficiles à modifier : fourreaux, locaux techniques, capacité du TGBT. Vous pouvez équiper par tranches, mais le dimensionnement des cheminements doit viser le parc futur.

Sources

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